APPCL informe et décrypte : Plage de Penfoul, entre carte postale, polémiques et amalgames

Nichée dans un décor de rêve, la plage de Penfoul à Landunvez fascine autant qu’elle interroge. Véritable petit joyau de la côte nord-finistérienne, ce site exceptionnel s’inscrit dans une configuration rare : un petit aber bordé de sable blanc, baigné par une eau turquoise dans laquelle viennent déferler des vagues idéales pour l’apprentissage du surf.
Une image de carte postale qui séduit les estivants…

La plage de Penfoul est un petit aber de près d’1km de long, c’est l’estuaire du Foul.

Si le lagon de Penfoul brille sous le soleil breton, il révèle un tout autre visage lorsque le temps se gâte. L’océan impose alors sa force, les couleurs deviennent plus sombres, et les vagues prennent une dimension bien plus sauvage. C’est aussi dans ce contexte changeant que s’inscrit une problématique majeure : celle de la qualité de l’eau de baignade.
En effet, dès qu’il pleut de façon conséquente, la rivière qui se jette sur la plage se charge de bactéries fécales du fait des ruissellements sur son bassin versant.
Depuis la mise en place du suivi sanitaire des eaux de baignades, le point de contrôle de l’ARS (Agence régionale de santé) se situait au fond de la plage, près de là où la rivière du Foul se jette dans l’océan. Une zone prisée des familles, notamment des enfants et des personnes âgées.
Mais les résultats s’y sont régulièrement révélés médiocres, menaçant de faire basculer le classement de la plage en « insuffisant ».

Plage de Penfoul à mi- marée. Quand l’eau monte, beaucoup de monde se retrouve dans le fond de la plage.

En réponse à ces mauvais résultats, les autorités sanitaires ont tenté d’ “améliorer “ artificiellement l’image de la plage – non pas en traitant le problème à la source -, mais en mettant en place des méthodes douteuses : écartement des pires pollutions du calcul du classement, et déplacement discret du point de contrôle. En 2018, ce dernier a été positionné plus en aval, proche de la zone de surf, là où les eaux fluviales ont eu le temps de se mélanger aux eaux océaniques.
Résultat : des résultats d’analyses plus favorables, un classement devenu « bon », mais la réalité est bien plus complexe.
Ces pratiques, jugées contraires à l’esprit de la directive européenne 2006/7/CE sur la qualité des eaux de baignade, ont d’ailleurs été condamnées par le tribunal administratif de Rennes en 2023.

Cette manipulation a semé le doute et la confusion parmi les usagers de la plage. D’un côté, certains vacanciers continuent de se baigner en toute confiance, rassurés par un classement officiel trompeur. De l’autre, beaucoup ont totalement perdu confiance, ne croient plus aux évaluations sanitaires et considèrent l’ensemble de la plage comme impropre à la baignade.
La situation est plus complexe que cela, elle mérite quelques clarifications.


Les associations, dont l’APPCL, alertent depuis longtemps sur la pollution persistante du Foul et sur la mauvaise qualité de l’eau dans le fond de la plage – là même où l’on trouve souvent les baigneurs les plus vulnérables.


En tant qu’association responsable, nous sommes profondément attachés à l’exigence de vérité et à la rigueur scientifique.
Nous savons très bien que la pollution des eaux de baignade vient des cours d’eau souillés.
Nous sommes aussi conscients que le flux bactérien augmente dangereusement quand il pleut. Mais nous savons aussi que le panache pollué se dilue dans l’eau de mer et que le soleil constitue une lampe à ultra-violets géante qui dégrade les concentrations bactériennes.

Les contrôles réalisés par Surfrider Foundation à différents points de la plage confirment l’hétérogénéité de la qualité de l’eau. En mai dernier, Greenpeace a mené sa propre campagne d’analyses, dont les résultats sont disponibles sur notre site (consulter ici).
Ces données vont toutes dans le même sens : la zone de surf présente une eau de bien meilleure qualité que le fond de la plage.

La zone de surf de Penfoul

Pour sortir de cette impasse, l’APPCL appelle à une refonte complète du dispositif de surveillance à Penfoul. Cela passe par :
● Le rétablissement d’un point de contrôle dans le fond de la plage, là où le risque de pollution est le plus élevé et là où il y a le plus de baigneurs, conformément aux termes de la directive européenne. (article 3.3 du la directive 2006/7/CE). Il s’agirait alors de réaliser le prélèvement à marée haute quand l’anse est recouverte d’eau.
● La création d’un second point de surveillance dans la zone de surf, très fréquentée et jusqu’ici injustement associée aux problématiques sanitaires du fond de la plage. Cette autre zone de baignade voit des baigneurs et des surfeurs depuis la marée basse jusqu’à la mi-marée, quand la pratique des sports de glisse est idéale.


Cette double approche permettrait de rétablir la vérité, de protéger la santé des baigneurs, et de soutenir les activités nautiques et l’école de surf locale, aujourd’hui injustement pénalisées.
Cette demande est pleinement justifiée par la configuration particulière de la plage, dont la longueur est telle qu’elle abrite, de fait et de manière objective, plusieurs zones distinctes de baignade.

Reste à définir des noms pertinents pour ces deux points de contrôle, Penfoul_fond, Penfoul_exutoire, Penfoul_rivière… pour la zone du fond de la plage et Penfoul_vagues, Penfoul_océan… pour la zone de surf ?

La plage de Penfoul fait plus de 800m de long, ce qui justifie la création d’un second point de contrôle

En réalité, tout le monde y gagnerait :
● Les touristes seraient mieux informés et pourraient profiter sereinement des zones réellement plus sûres.
● Les autorités locales retrouveraient de la crédibilité en optant pour une communication fondée sur des données transparentes et fiables.
● Les activités nautiques bénéficieraient d’un soutien renforcé si les zones les concernant sont effectivement moins exposées à la pollution.
● Et surtout, la santé des usagers, notamment des plus fragiles, serait réellement mieux protégée.

Si cet article se concentre sur la gestion de la qualité de l’eau à Penfoul, l’APPCL rappelle qu’elle travaille activement avec les autorités pour identifier et traiter les sources de pollution du Foul et des rivières de Landunvez, dont l’état demeure préoccupant. Car oui, il est inacceptable que les rivières de la commune soient aujourd’hui dans un tel état de dégradation.


Nous continuerons à rappeler ces conseils de bon sens : évitez de vous baigner dans le fond de Penfoul, en particulier les jours de pluie et le lendemain. C’est une simple question de prudence. Plus largement, en Iroise, il est fortement recommandé d’éviter la baignade à l’embouchure des rivières par météo défavorable. C’est regrettable, mais c’est la réalité.


Nous espérons que la mise en place des ZAES (zones à enjeux sanitaires) permettra des améliorations concrètes. Mais tant que les causes profondes de la pollution ne seront pas traitées à la source, ces mesures risquent fort de rester lettre morte.