Publié le 29/12/2025
Le classement des eaux de baignade en Europe est régi par la directive 2006/7/CE.
Cette réglementation s’applique de la même manière partout sur le continent… y compris à Landunvez.
Pourtant, le classement sanitaire de la plage de Penfoul a été « tripatouillé » pendant des années, afin de laisser croire que la qualité de l’eau était correcte, voire en amélioration. La réalité, elle, allait dans le sens inverse.
Des considérations économiques et touristiques ont sans doute pesé lourd dans ces pratiques douteuses. Elles n’ont commencé à être remises en cause qu’en 2023, lorsque le Tribunal administratif de Rennes a condamné l’ARS Bretagne à recalculer les classements de toutes les plages bretonnes depuis 2016 : année où a commencé la méthode des fausses « pollutions à court terme ».
Une méthode simple : effacer les mauvais résultats
Cette méthode consistait à retirer des classements les analyses les plus mauvaises, puis à les remplacer pour certaines par les échantillons de « recontrôle », nécessairement bons car ils servent à la réouverture de la plage.
Autrement dit : les épisodes de pollution les plus graves ne comptaient plus.
C’est notre association, l’APPCL, qui réunit notamment des surfeurs habitués de Penfoul, qui a découvert ce stratagème.
En effet, à force de se retrouver dans une eau marron à chaque épisode pluvieux, nous avons scruté de près les résultats affichés sur les panneaux d’entrée de plage (l’affichage est devenu obligatoire en 2014 suite à l’entrée en vigueur de la directive 2006/7/CE).
Des photographies prises par nos soins en 2016 et 2017 ont montré que les analyses les plus défavorables disparaissaient en fin de saison, nous avons alors écrit à l’ARS mais la réponse apportée ne nous a pas convaincue…
APPCL s’est alors associée à Eau et Rivières de Bretagne pour porter l’affaire devant les tribunaux.
Quand cela ne suffit plus, on déplace le point de contrôle
Comme cette première manipulation ne suffisait sans doute pas à améliorer suffisamment le classement, l’ARS et le maire ont choisi en 2018 de déplacer discrètement le point de prélèvement officiel d’environ 400 m vers l’aval, là où le brassage marin dilue naturellement la pollution bactérienne venant de la rivière.

L’effet statistique a été spectaculaire.
La situation sanitaire, elle, a sûrement continué de se dégrader, mais comme on mesurait la pollution 400 m plus loin… on ne mesurait plus du tout la température du même malade !
Les graphiques issus de la révision du profil de baignade de Penfoul (Labocéa 2024) sont explicites (données corrigées suite au jugement du Tribunal administratif):

- de 2013 à 2016-2017 :
dégradation évidente de la qualité réelle de l’eau au point de contrôle initial - grâce à la méthode des « pollutions à court terme » :
le classement officiel (affiché sur la plage) reste meilleur qu’il ne devrait l’être
⇒ 2017 et 2018 sont classées « suffisant », alors qu’elles auraient dû être « insuffisant »(voir plus haut) - après 2018 :
le déplacement du point de contrôle fait apparaître une amélioration… mais elle est purement artificielle puis qu’on a choisi de mesurer à un autre endroit !

Il faut rappeler que le classement se calcule sur quatre années glissantes. Les effets d’une telle action mettent donc quatre ans à s’installer, au fur et à mesure que disparaissent les anciennes données (celles du point de contrôle initial en l’occurrence).
Ainsi, à partir de 2018, l’amélioration du classement s’étale tranquillement sur quatre ans… puis s’interrompt (en 2021), faute de vieilles données à effacer.
L’année 2021 devient alors la première année ne comprenant que les données provenant du nouveau point de contrôle : c’est seulement à partir de là que l’on peut juger l’évolution réelle de la qualité de l’eau.
Et que constate-t-on depuis 2021?
Une nouvelle dégradation.
Une communication officielle déconnectée
Pourtant, au début de la saison 2021, la municipalité de Landunvez n’hésitait pas à communiquer sur des résultats « encourageants » de la qualité de l’eau des plages.
En 2022, l’élevage industriel Avel Vor affirmait opportunément dans son tract « Philippe Bizien relève le défi » :

« Dans un contexte d’amélioration constante de la qualité des eaux sur Landunvez… »
À cette date pourtant, les manipulations du classement étaient déjà bien connues, les associations avaient largement communiqué sur le sujet.
Mais même dans ses mémoires devant le tribunal administratif, la société Avel Vor a continué d’affirmer que la qualité des eaux s’améliorait à Penfoul. Une véritable méthode Coué, soutenue par des résultats artificiellement embellis.
Sauf que, malgré le déplacement du point de contrôle en 2018, la pollution a fini par réapparaître au grand jour car la qualité de l’eau se dégrade toujours :
en 2026, la plage de Penfoul arborera un classement « insuffisant ».
Et encore : que serait-il advenu si le point de prélèvement était resté à son emplacement d’origine ?
Une confiance abîmée… alors que toute la plage n’est pas égale face au risque
Aujourd’hui, la confiance dans les contrôles officiels est largement entamée.
Touristes et habitants hésitent, et on peut les comprendre. A qui faire confiance ?
Pourtant, des analyses récentes, plus poussées (Greenpeace, Surfrider, CCPI, école de surf…) montrent que la zone de baignade et de surf en pleine mer est bien moins exposée que la partie centrale de la plage et, surtout, que l’embouchure de la rivière, qui concentre l’essentiel de la contamination.
La réponse des autorités sera désormais la fermeture officielle du fond de la plage, la pose de bouées pour repérer la zone interdite à la baignade mais le point de contrôle restera à son emplacement actuel. Nous doutons que cela redonne confiance aux baigneurs…
Le problème, nous le savons désormais clairement :
la pollution bactérienne provient en grande partie des ruissellements agricoles issus des épandages sur le bassin versant.
Dix ans d’enfumage… maintenant, agir
Dès 2016, il était évident que la situation devenait intenable.
Plutôt que d’agir efficacement, certains ont préféré endormir le public avec des classements flatteurs qui ne reflétaient plus la réalité. Pendant ce temps, la pollution continuait et certains pouvaient communiquer sur de prétendues « améliorations ».
D’autres obtenaient, en 2016, une autorisation préfectorale pour agrandir leur élevage (+3100 porcs)… puis pour régulariser une situation administrative condamnée par le Tribunal administratif en 2019 puis la cour d’appel de Nantes en 2021.
Après des années de luttes et d’études indépendantes, la conclusion est aujourd’hui incontestable :
la pollution est bien réelle, et elle est majoritairement d’origine agricole.
Il est temps, enfin,
- de reconnaître les faits
- et de réduire les ruissellements polluants
- de protéger la santé publique
- de tenir compte de l’avis des citoyens qui aiment leurs plages
- de tenir compte des activités économiques non polluantes qui ont besoin d’une eau de qualité
Assez de ces manœuvres.
Assez de faux-semblants.
Assez d’études redondantes et de perte de temps, les travaux présentés en comités de pilotage ont largement permis de comprendre d’où vient le problème. (Problème qui était d’ailleurs déjà identifié dès 2011 dans le premier profil de baignade de Penfoul)
Agissons. Maintenant. Concrètement. On a trop perdu de temps* !
* Le classement en zone ZAES permet de doter les décideurs d’outils contraignants ; il s’agit d’une opportunité à saisir.
