publié le 11 juin 2026
Nous ressentons souvent une certaine frustration lorsque nous sommes interrogés par la presse ou invités à répondre à un micro. Les formats courts imposent de condenser des sujets complexes en quelques phrases. Bien souvent, seule une petite partie de nos propos est retenue, parfois la plus polémique, tandis que les explications, les nuances et les arguments nécessaires à une bonne compréhension des enjeux disparaissent ou sont fortement simplifiés.
C’est à la suite d’une suggestion de l’un de nos nouveaux adhérents que nous avons décidé d’adopter une approche différente. Comme beaucoup de personnes découvrant ce dossier, il se posait encore de nombreuses questions sur la pollution de la plage de Penfoul. Il nous a soumis une série de questions très concrètes auxquelles nous avons pris le temps de répondre.
Cette démarche nous permet de développer notre analyse de manière complète, sans contrainte de temps ou d’espace, et surtout sans risquer que notre propos soit résumé ou caricaturé.
Cet article prend donc la forme d’une auto-interview. Nous y reprenons les questions qui nous sont le plus fréquemment posées concernant la pollution de la plage de Penfoul et nous tentons d’y répondre de façon aussi claire, factuelle et argumentée que possible.
La plage de Penfoul est-elle polluée, oui ou non ?
Oui. Aujourd’hui, cela ne fait malheureusement plus débat. Les résultats de la surveillance officielle du site de baignade montrent que la situation sanitaire est préoccupante. Le classement des eaux de baignade est désormais jugé « insuffisant » et l’été 2025 a connu plusieurs épisodes de pollution.

Mais il faut immédiatement préciser une chose importante : on ne peut pas parler de toute la plage de Penfoul de la même manière. Cette plage possède une configuration très particulière.
Justement, qu’a-t-elle de si particulier cette plage ?
Penfoul est une longue plage de sable fin, d’environ un kilomètre, située à l’embouchure du Foul, un petit fleuve côtier.

Contrairement aux plages les plus courantes, elle est toute en long au lieu d’être toute en large…
À marée basse, les baigneurs se concentrent du côté océanique (comme sur la vue ci-dessus), dans une eau claire et bien renouvelée par la mer. En revanche, à marée haute, beaucoup de familles se rapprochent de l’embouchure du ruisseau, dans une zone plus calme et moins profonde, où l’eau douce se mélange à l’eau salée.

Cette eau paraît parfois plus chaude et plus rassurante pour les jeunes enfants, mais elle est aussi souvent plus trouble et davantage exposée aux pollutions bactériennes provenant du bassin versant.
Quel impact cela a-t-il sur la qualité de l’eau ?
La qualité de l’eau de baignade dépend directement de celle de la rivière et de son débit.
Après de fortes pluies, la rivière devient marron ou jaunâtre : cela signifie que le ruissellement entraîne de la terre, mais aussi potentiellement de fortes concentrations de bactéries fécales vers la plage. Dans ces conditions, l’eau peut devenir impropre à la baignade.
À l’inverse, lorsqu’il n’a pas plu depuis plusieurs jours, le débit est plus faible et la concentration bactérienne diminue généralement.
La première recommandation de bon sens est donc d’éviter la baignade dans la partie intérieure de la plage, près de l’embouchure, surtout après des épisodes pluvieux.
Pourtant, beaucoup de gens disent s’y baigner sans tomber malades…
C’est vrai, mais les infections liées aux eaux polluées ne sont pas automatiques.
On peut se baigner plusieurs fois dans une eau contaminée sans développer de symptômes. Mais le jour où l’organisme est plus fragile, le risque augmente fortement. Les infections touchent souvent la sphère ORL : otites, conjonctivites, rhinites ou le système digestif : gastro-entérites…
Les personnes les plus vulnérables sont les jeunes enfants, les personnes âgées ou immunodéprimées.
Il faut bien comprendre une chose : ce n’est pas parce qu’on ne tombe pas malade immédiatement que l’eau n’est pas polluée. La pollution augmente le risque sanitaire, même si ce risque ne se transforme pas systématiquement en maladie.
De plus, il est très difficile de prouver qu’une infection apparue un ou deux jours plus tard provient précisément d’une baignade. Cela explique pourquoi les études épidémiologiques sont rares sur ce sujet. Pourtant, le ministère de la Santé rappelle clairement que les baignades dans des eaux de mauvaise qualité ne sont pas anodines.
https://baignades.sante.gouv.fr/baignades/editorial/fr/sante/introduction.html
La pollution concerne-t-elle toute la plage ?
Tout dépend de l’intensité de la pollution et du débit de la rivière.
Lors de fortes pluies, le volume d’eau chargé en pollution augmente fortement. La contamination peut alors dépasser la zone amont et atteindre la partie centrale, voire parfois la zone océanique.
La zone centrale de la plage est précisément l’endroit où l’ARS vient prélever l’eau (depuis 2018…).
Mais il faut aussi comprendre qu’il existe un phénomène de dilution naturelle. Les eaux du ruisseau se mélangent progressivement à l’eau de mer. Plus on s’éloigne de l’embouchure, plus cette dilution est importante.
On pourrait comparer cela à une dose de pastis versée dans un grand volume d’eau : la concentration devient beaucoup plus faible.

C’est pourquoi la partie océanique est généralement considérée comme moins exposée que la zone intérieure.
Est-ce pour cette raison que la baignade a été interdite au fond de la plage ?
Oui.
Notre association APPCL participe depuis 2022 au comité de pilotage des eaux de baignade de la Communauté de communes du Pays d’Iroise (piloté par la sous-préfecture). Lors du dernier comité, un consensus s’est dégagé : la baignade, auparavant simplement déconseillée dans la partie amont, doit désormais être interdite en raison des risques sanitaires, notamment pour les jeunes enfants.
La mairie a d’ailleurs installé des bouées jaunes pour matérialiser cette zone interdite. (article du Télégramme)
En revanche, cette interdiction ne concerne ni la zone océanique fréquentée à marée basse, ni la partie centrale de la plage où l’ARS effectue ses prélèvements d’eau de baignade.
Vous demandez donc une distinction officielle entre plusieurs zones de baignade ?
Exactement.
Nous estimons qu’il serait plus cohérent de considérer Penfoul non pas comme une seule plage uniforme, mais comme deux zones de baignade distinctes :
- une zone intérieure, proche du ruisseau, où la baignade est aujourd’hui interdite ;
- une zone océanique, plus éloignée de l’embouchure, où la qualité de l’eau semble meilleure.

Cette distinction correspond d’ailleurs aux usages réels des baigneurs sur le terrain.
Pensez-vous qu’il n’y a aucun problème dans la partie océanique ?
Non, ce n’est pas ce que nous disons.
Le problème, c’est qu’aucune surveillance officielle n’est actuellement réalisée spécifiquement dans cette zone. Cela crée une situation floue pour les usagers.
Certains ferment les yeux et estiment qu’il n’y a aucun problème sur toute la plage. D’autres, au contraire, sont découragés par le classement global « insuffisant » et évitent totalement le site, avec des conséquences importantes pour les activités économiques locales.
Le bon sens voudrait donc que des analyses distinctes soient réalisées dans la partie océanique afin de connaître précisément sa qualité sanitaire (qui devrait logiquement être meilleure).
Les autorités prennent-elles enfin le problème au sérieux ?
Oui, il y a une véritable prise de conscience.
La sous-préfecture s’est saisie du dossier et plusieurs arrêtés ZAES (Zones à enjeux sanitaires) ont été pris. Localement aussi, les choses évoluent… à leur rythme.
Mais tant qu’un doute sera entretenu sur l’origine principale de la pollution, le diagnostic ne sera pas pertinent et les solutions apportées resteront limitées ou insuffisantes.
Quelle est selon vous la principale cause de cette pollution ?
La pollution provient du bassin versant, c’est-à-dire de tout le territoire dont les eaux finissent par rejoindre le ruisseau puis la plage.
Il faut analyser objectivement l’ensemble des sources possibles : pollution urbaine, défauts d’assainissement, ruissellements routiers… mais aussi activités agricoles.
Or, sur le bassin versant de Penfoul, la réalité est assez claire : on compte relativement peu d’habitants, mais plusieurs dizaines de milliers d’animaux d’élevage.
https://geobretagne.fr/app/equinoxe

(1368 ha soit 13,68 km² de Surface Agricole Utile sur le bassin versant du Foul)
Toutes les habitations sont en principe raccordées à des systèmes d’assainissement (même si certains ne sont toujours pas aux normes), tandis qu’une grande partie des lisiers agricoles est épandue directement sur les terres. Lors des pluies, une partie des bactéries présentes dans les sols est entraînée vers les ruisseaux par ruissellement.
Les études scientifiques montrent d’ailleurs que l’impact bactérien d’un seul porc est comparable à celui de plusieurs dizaines d’habitants :
Cela ne signifie pas qu’il faille désigner l’activité agricole comme seule responsable. Mais il devient difficile de nier que la pression agricole sur ce bassin versant est extrêmement forte.
Que pensez-vous des projets de renaturation de la rivière ?
Nous sommes favorables à toutes les actions positives pour la biodiversité : restauration des zones humides, replantation de haies, reméandrage de la rivière…
Nous participerons volontiers aux réunions participatives organisées sur ce sujet.
Ces aménagements peuvent ralentir le ruissellement, favoriser l’infiltration et améliorer partiellement l’épuration naturelle de l’eau.
Mais il ne faut pas non plus attendre des miracles.
Lors des très fortes pluies, les volumes d’eau restent considérables, ils finissent par passer et la rivière finit malgré tout par charrier une pollution importante vers la plage.
Ces travaux peuvent donc aider, mais ils restent des mesures correctives. Le véritable enjeu consiste avant tout à réduire les apports polluants à la source, en amont du bassin versant.
C’est ce que nous tentons d’expliquer dans ce reportage de France 3 diffusé le 8 juin 2026
C’est là que se situe le cœur du problème.
Nous payons aujourd’hui les errements du passé…
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Si nos lecteurs ont des suggestions ou des questions à poser sur ce format de l’auto-interview, nous pourrons prévoir d’en écrire une nouvelle !


